Première semaine du voyage en Chine

A chinese excption Fruitful family Ipad

Jeudi 16 juillet.

Wuhan. Province du Hubei.

Premiers pas en terre de Chine

La Chine, de France, c’est entre dix et douze heures de vol sans escale.

Et bien sûr, pendant cette longue nuit passée entre ciel et terre dans l’inconfortable position octroyée par un siège minuscule, on pense …

On pense au voyage, ou du moins à l’idée que l’on s’en fait … Et l’on réalise qu’il débute dès que l’on a tourné la clef dans la porte pour rejoindre l’aéroport. Et qu’il se poursuit dans ce bruissement soyeux de l’air sur la carlingue et dans le ronron lancinant des réacteurs.

Mais n’éludons pas la question : pourquoi partir alors que l’on sait que l’on doit revenir ?

La contradiction semble encore plus nette quand on effectue un tour du monde.

On est parti d’un coté, on reviendra par l’autre … Quelle absurdité !

J’ai commencé à voyager tôt, en solitaire, un peu avant mes seize ans révolus … Beaucoup d’errances, beaucoup d’auto stop, un « On the road » au petit pied, à la gauloise … Pas du Kerouac mais un peu quand même.

Même si, pour des raisons professionnelles ou familiales, il me fut longtemps impossible de satisfaire ces pulsions de vagabondage, j’ai toujours gardé cet arrière goût de liberté et d’inattendu … Liberté de l’itinéraire, inattendu des rencontres …

Ce voyage autour du monde, c’est le bouquet final après tant de vadrouilles, peut-être la dernière pirouette d’un routard vieillissant … Bref, beaucoup d’attentes … La suite dira si le jeu en valait la chandelle …

* * *

Le Boeing 777 d’Air France s’immobilise sur l’aéroport de Wuhan. Comme toujours, dès l’extinction du pictogramme « fasten your seat belt », les passagers se lèvent comme si ils avaient le feu aux fesses.

Quelques minutes de patience avant que la porte ne s’ouvre et que l’on descende la passerelle. Wahoo ! Un chape de chaleur vous tombe sur les épaules. Pas une chaleur sèche mais une bien humide, frôlant les 90% d’humidité, l’odeur du kérosène en plus …

Cette sensation me rappela celle ressentie à la descente d’un vol Paris-Bordeaux, à l’époque où il était encore intéressant de prendre l’avion pour se rendre dans la capitale girondine. A la sortie de l’avion, la même impression d’intense chaleur mais surtout une exquise odeur de pins, ceux tout proches de la forêt landaise.

Première impression de Wuhan, mauvaise. Ville terne, uniforme, poussiéreuse …

Deux heures de trajet de l’aéroport au centre-ville. Incommensurable étendue des villes chinoises.

Longue nuit de récupération. Douze heures de sommeil d’affilée. Orages et pluies bénéfiques qui rafraîchirent l’atmosphère et rendirent la ville tout de suite plus attrayante…

Visite de la grande pagode de la Grue Jaune. Vaste panorama sur l’imposant Yang Tsé … Tout limoneux, tout pétri d’histoire …

Bien entendu, photos, photos, photos … Toujours le gentillesse des Chinois qui acceptent volontiers de se laisser photographier.

Bons restaurants, bonne cuisine, pas cher … Hôtel correct, calme et offrant la Wi-Fi …

Je prends dans quelques heures un TGV Chinois pour me rendre à Chongquing, trente millions d’habitants et sept heures de trajet …

A plus tard pour la suite du récit …

PS

Wuhan, seulement vingt millions d’habitants, est connue comme le Detroit ou mieux, le Billancourt Chinois. Nos trois marques tricolores, Peugeot, Citroën, Renault, y ont implanté des usines.

Jeudi 16 juillet, 16 heures.

Etape Wuhan-Chongqing.

Très mauvaise nuit, due au décalage horaire. Peu dormi.

Ning Xin a réservé deux places sur le TGV pour Chongquing à trois heures de l’après-midi. Elle demandera donc à la réception de l’hôtel de garder la chambre jusqu’à 14 heures pour me permettre de récupérer un peu de sommeil.

Ning Xin est ma guide-interprète chinoise sans laquelle ce périple en immersion totale serait impossible. Très peu de Chinois parlent anglais et même dans les hôtels de bonne catégorie, les employés du desk sont incapables de vous répondre dans cette langue. Quant au français, sans jeu de mot, n’en parlons pas !

Je l’ai rencontrée de mon premier séjour en Chine, à Nanchang en 2009. Professeur d’Anglais, célibataire sans enfant, elle assurait l’interprétation pour les participants de SIANA (Semaine Internationale des Arts Numériques). Nous étions resté en contact par mail et quand j’ai eu l’idée de retourner en Chine après cette première expérience, je lui ai demandé si elle voulait bien me servir d’interprète durant ses propres vacances. Le deal était simple, tous ses frais étaient couverts : hôtels, transports, nourriture et elle m’accompagnait durant tout le voyage.

C’était d’autant plus financièrement supportable que le change du Yuan était favorable et les prix très modérés.

Bien entendu, comme elle dut à plusieurs reprises, assurer quelques obligations professionnelles, il m’est aussi arrivé de voyager seul mais sur des parcours bien balisés, comme de ville à ville. Mais, pour un voyage comme celui dans le Yunnan en 2014, aux multiples méandres, aux réservations acrobatiques, jamais je n’aurai pu l’accomplir sans son aide.

Une illustration de son efficacité. L’an dernier, nous prenons un taxi pour aller visiter un lieu touristique, un peu éloigné de la ville Lijiang où on résidait. Le prix de la course avait été convenu dès le départ, raisonnable. Juste avant de rentrer, la visite du site effectuée, le chauffeur se tourne vers Ning Xin et lui annonce que le prix convenu était pour un passager ! S’ensuivit une violente discussion en Chinois, à laquelle j’étais bien en peine de participer. Au bout d’un bon quart après être passé tout près de la confrontation physique, le chauffeur céda et nous ramena à Lijiang pour le prix convenu. Comment aurais-je pu m’en sortir seul si le chauffeur avait exigé que je lui verse le double de la course en menaçant de me laisser en plan à cinquante kilomètres de mon hôtel ?

Bref, sans la bonne volonté (et parfois le courage) de Ning Xin, ces voyages en itinérance totale me seraient inaccessibles.

J’écris ces lignes, mon Macbook sur les genoux dans le train pour Chongquing.

Je suis l’un des rares étrangers de la rame. J’ai l’habitude. Les Chinois font semblant de ne pas remarquer ma présence, sauf les petits enfants qui ouvrent de grands yeux quand leur regard croise un bonhomme qui manifestement ne fait pas partie de l’ethnie Han, celle largement majoritaire en Chine.

Le train, comme toujours, est bondé. Je ne peux pas dire si les Chinois voyagent plus que nous mais, que seulement 1% de la population ait des fourmis dans les jambes, ça fait quand même quinze millions de voyageurs sur les rails !

La taille des gares chinoises est toujours impressionnante. Celle de Wuhan ne déroge pas à la règle. Les salles d’attente sont en rapport, gigantesques ! Le principe est celui des aéroports, strict contrôle des bagages et portillons de filtrage avec présentation d’une pièce d’identité.

D’ailleurs aucun billet ne peut être réservé sans présentation du passeport ou de la carte d’identité pour les résidents.

En fait, ce « TGV » est un TGV lent, pas plus de 200 km/h … La grande vitesse ne dessert par Chongquing.

Samedi 18 juillet

Chongqing.

Ça y est. Le temps se fige. Au quatrième jour du voyage, j’ai pénétré dans un autre espace-temps. Je suis docilement la foule chinoise. Je marche au milieu d’elle, je mange où elle mange, je fais preuve de la même patience pour attendre un taxi qui ne vient jamais, je ne sais plus exactement quel jour de la semaine on est…

Chongqing est une immense ile au confluent de deux fleuves dont le gigantesque Yang Tsé. Il y fait très chaud, entre trente cinq et trente huit degrés mais la chaleur reste supportable.Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les mets très épicés de la cuisine locale n’ajoutent rien à la chaleur ressentie.

Je fais cette remarque car à midi, nous avons déjeuné dans un « Hot Pot », une immense cantine en sous-sol servant uniquement des fondues à la chinoise. Toutes le tables sont équipées d’une large bassine, chauffée par en dessous pour cuire à la fois le bouillon et les ingrédients que l’on y plonge. Tout est très frais et très bon, viandes, poissons comme légumes. En fait, le bouillon est un bouillon d’épices ! Inutile de dire que l’on a rapidement la bouche en feu !

Quelques gorgées de Corbières et tout revient dans l’ordre …

Ah oui, je vous dois une explication. Quelques jours avant mon arrivée, NingXing avait commandé sur Internet six bouteilles de Corbières (importées de France) pour couvrir notre consommation courante. Au restaurant, les Chinois boivent plus fréquemment de la bière que du vin. Aussi est-il hasardeux de commander une bouteille qui sera, soit trop chère, soit bouchonnée.

La solution que j’ai adoptée consiste à verser le vin dans un thermos et à me servir discrètement durant le repas … Ainsi j’apprécie pleinement les saveurs de la cuisine chinoise.

En fait, lorsqu’il voyage en Chine, le plus dur pour un Européen reste le bruit ambiant. Les niveaux sonores dans la rue, dans les restaurants, dans les transports, sont largement au-delà de ce que nous tolérons habituellement en Europe.

Les Chinois ne conversent pas, ils hurlent, au point que l’on a souvent l’impression d’assister à une violente querelle. Bien sûr, n’ayant pas accès aux couches aisées de la population, je ne rapporte que ce que j’ai vu et entendu au milieu du peuple chinois.

Au-delà des conversations bruyantes, les Chinois éprouvent le besoin d’en rajouter une couche. Pas de restaurant, pas de bus, pas de magasin, sans des sonos puissantes ou des écrans de télévision qui tournent en boucle.

Comble de la torture sonore, ils ont inventé des « sound machines » individuelles et portatives. Et ils en usent et en abusent. Pas un marchand de fruit avec sa voiture de quatre saisons qui n’en dispose. Ainsi, vingt mètres avant d’arriver à sa hauteur on entend «  pas chers mes poivrons, pas chers mes poivrons … », sans cesse répétés sur un voix nasillarde et haut perchée.

Le pire, je l’ai subi au cours d’un précédent séjour, à Tay’uan, une ville moyenne au sud-ouest de Pékin. Dans les rues commerçantes, et elles sont nombreuses, les sonos pour attirer le chaland sont dirigées vers la rue et rivalisent à qui débitera le plus de décibels. C’est la première fois que j’ai vu des bornes publiques affichant en décibels le niveau sonore pour les passants (83 dB) !

Le soir, croisière à la nuit tombée sur le Yang Tsé et son affluent. Le « bateau mouche » est un incroyable dragon posé sur une barge … A l’intérieur, décor kitsch et vastes salles de restaurant et de réception. Ballade moins impressionnante que celle sur la rivière des perles, à Canton. Mais ça donne quand même une petite idée de Chongqing.

En réalité, le vrai spectacle c’est le Yang Tsé, impressionnant de puissance !

En voyant ses eaux rapides et souvent dévastatrices, on se rappelle Tintin sauvant le jeune Tchang de la noyade …

Pour donner une idée de sa force, il suffit de regarder deux bateaux allant à la rencontre l’un de l’autre. L’avalant file comme une flèche alors que celui qui remonte le courant fait péniblement deux kilomètres à l’heure. J’estime la vitesse du courant, en fonction de ce que je sais de la Loire, entre 8 et 12 Km/h.

Dimanche 20 juillet

Chongqing.

Difficile de tenir un journal de bord. Les jours et les activités s’enchaînent presque sans répit. Aussi le récit est forcément décousu. Le mieux est peut-être de ne partager que des sensations, des détails, parfois insignifiants, parfois significatifs …

Hier samedi, j’ai utilisé le service d’une agence de voyage pour visiter quelques sites touristiques dans l’agglomération de Chongqing.

Une fois encore j’ai pu mesurer le gigantisme de cette agglomération.

L’autocar qui transportait le groupe de touristes a roulé plusieurs heures sans quitter les limites de la ville.

Il faut dire quelques mots de l’organisation des réservations de transport, d’hôtels, ou d’excursions : tout se passe par téléphone.

Une fois que vous avez sélectionné sur Internet la prestation qui vous convient, un simple coup de fil vous permet de la confirmer.

Mieux, on vous rappelle et on vous prévient en cas de retard ou d’anomalie.

Ainsi, pour l’excursion d’hier, l’autocar devait passer nous prendre en face de l’hôtel à 7h30. Un quart d’heure avant l’heure dite, le téléphone sonne pour indiquer qu’il aurait un léger retard. Quelques minutes le téléphone sonne de nouveau. C’est l’autocariste qui prévient qu’il est en bas de l’hôtel.

Comme toutes les conversations sont en chinois, vous comprenez bien que sans l’aide de ma guide, toutes ces procédures ne seraient impossibles.

Car, une fois encore, il est illusoire d’imaginer pouvoir communiquer en anglais en Chine.

Lundi 21 juillet

Chengdu

On va voir les Pandas géants !

En Chine, la sauvegarde des Pandas géants est une affaire nationale. Les autorités mettent le paquet pour montrer au monde entier que quand ils décident une action, même difficile à réaliser, ils réussissent.

Le parc des Pandas est en dehors de l’agglomération de Chengdu, sur une légère éminence qui devait être une forêt de bambous. Sur plusieurs hectares il abrite les ménageries, un centre de recherche et toutes les commodités pour l’accueil du nombreux public.

Il est recommandé de rendre visite à ces gentilles bêbêtes le matin car elles ont encore un semblant d’activité. Elles grignotent placidement leurs tiges de bambous favorites. L’après-midi, c’est la sieste (je connais un autre Panda qui a à peu près les même habitudes) …

De nombreux gardes veillent à ce que les touristes dérangent le moins possible ces Trésors nationaux. Ils sont parqués soit dans des enclos reproduisant peu ou prou leur habitat naturel, soit dans des ménageries.

Le premier Panda est mollement allongé sur le dos avec sa provision de tiges dans les pattes. Comme l’enclos est vaste et qu’il est un peu loin, on le distingue plus qu’on ne le voit.

Ceux installés dans les ménageries sont plus faciles à observer. Le Panda géant est un mammifère dodu, lent dans ses mouvements mais immédiatement attachant du fait de ses gros yeux ronds et de ses larges taches noires.

Le triste sourire du Panda Géant

Une autre espèce de Panda, le Panda roux, plus petit et plus commun est aussi présenté dans le parc.

Un film didactique nous apprend tout sur le Panda. Il est apparu il y a huit millions d’années et, au cours de l’évolution, est passé du statut de carnassier à celui d’herbivore. Les scientifiques s’interrogent encore. D’ailleurs, au détour d’une allée, j’ai vu une pancarte indiquant « accueil des post-doctorants ». En effet beaucoup de sujets de thèses en perspective.

Une courte séquence du film est hilarante. Vous savez que les Pandas mâles sont tellement paresseux qu’ils répugnent à copuler. Le phénomène a été étudié sous toutes les coutures et les soigneurs usent donc de mille ruses pour obtenir une fécondation. La séquence du film montre successivement un accouplement réussi et un autre raté. Dans la première, satisfaction manifeste des partenaires, le mâle surtout qui pousse des grognements de plaisir. Dans la seconde course poursuite entre le mâle et la femelle qui à l’évidence ne veut rien entendre et s’enfuit en poussant des cris perçants …

Bien sûr, visite recommandée si vous passez par Chengdu …

Un dernier mot. Tous ces soins attentifs pour préserver la tranquillité de ces adorables peluches vivantes ne pèsent rien devant la toute puissance de l’armée.

Le parc est constamment survolé par les hélicoptères d’une base militaire toute proche. Pas de gentils petits hélicos bien discrets mais de lourdes machines aux puissants rotors qui font un bruit d’enfer …

Contradictions à la chinoise … Mao ne nous avait-il pas enseigné « comment résoudre les contradictions » ?

*

Une réflexion sur “Première semaine du voyage en Chine

  1. Je viens de lire à mon réveil ton récit, je vais être en retard au bureau … A chaud mes impressions dans le désordre. Quel beau voyage et quel bel esprit d´aventure. Ton récit est vivant et on imagine bien les ambiances vécues. As tu pris la photo de ton guide ? Il faut que j’epluche tes photos
    Génial le coup de la Corbières dans le Thermos !
    Je te laisse avec encore l’envie d’en parler, mais je suis réellement en retard
    A bientôt cher ami

    J'aime

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