Seconde semaine du voyage en Chine

Park national du Sichuan Ipad

Lac aux eaux limpides dans le Parc National des Jiuzhaigou Valleys

Jeudi 23 juillet

Levé à cinq heures du matin. Direction les montagnes du Sichuan et les vallées de Jiuzhaigou. Dix heures de route en autocar pour faire 421 km. Dure la vie de touriste !

La route passe par Wenchuan, dans une région montagneuse. Cette ville a été frappée deux fois par de puissants séismes, notamment celui  de 2008. Elle fut presque entièrement détruite. Difficile d’en voir les traces.

Depuis le départ de Chengdu (New National Highway 230), je ne compte plus les tunnels traversés. Curieux, les chinois ne font pas de routes en montagne, ils se contentent de percer des tunnels ! En Chine, le BTP est une affaire qui marche. Le pays entier est « on progress », un immense chantier qui réjouit les entrepreneurs de BTP.

Work in Progress IPad

Autoroute en construction dans les montagnes du Sichuan

En fait cette remarque sur les tunnels ne valait que pour le trajet Chengdu-Wenchuan car, passé cette ville, on roule sur une classique route de montagne avec ses nombreux virages en épingles à cheveux. Plus grave, à maints endroits la chaussée a été puissamment chahutée par les tremblements de terre.

Apres Wenchuan, on pénètre dans un territoire de minorité. La minorité tibétaine.

C’est aussi une zone sensible, très étroitement surveillée car proche du Tibet. Les autorités chinoises redoutent particulièrement les immolations par le feu. C’est incroyable, le nombre d’extincteurs que l’on peut voir un peu partout et surtout autour des points de police !

Longue file d’attente des cars et des voitures pour cause de congestion de trafic. Il s’agit d’absorber les cinquante mille touristes (moyenne basse) qui visitent tous le jours en autocars les fameuses vallées sur une route à deux voies et qui, circonstance aggravante, subit de nombreux glissements de terrain.

Traffic congestion IPad

Longue file d’autocars bloqués sur la route menant aux Jiuzhaigou Valleys

Le guide, issu de la minorité Kangba, n’arrête pas de nous abreuver de détails sur les contrées que nous parcourons. Comme d’hab’ la sono est au maximum et le haut-parleur juste au dessus de ma tête. J’ai dû mettre des bouchons d’oreille pour éviter de trop souffrir de cet excès de puissance sonore.

Ning Xin qui me traduit de temps à autre son discours. Il véhicule en arrière plan de forts relents de propagande officielle :

« Les populations locales témoignent d’un grand respect au président Mao car il les a libérés de l’esclavage qui régnait au Tibet » … No comments

Il enchaîne sur le mécanisme, à ses yeux étrange, du système de polyandrie encore en vigueur dans certains villages de la région.

Là encore, je ne peux m’empêcher de ressentir la politique officielle qui voudrait bien que toutes ces minorités adoptent définitivement le mode de vie des Hans.

Il fait encore remarquer avec insistance que le système des castes existe encore dans ces contrées sous influence tibétaine. Pauvre idiot, il encore plus présent dans ta vertueuse République Populaire !

Il sort encore plusieurs balivernes pour déconsidérer ces cultures dont il est pourtant issu ! Ainsi, boire l’eau de ces villages ferait courir le risque de développer des calculs rénaux !

Ecœurant !

Ensuite, un curieux couplet sur la coutume qui veut que les femmes portent en permanence une ou plusieurs ceintures d’argent. D’après le guide, c’est leur seule fortune. Elles recevraient la première à la puberté et les autres, offertes par leurs belles-mères à l’occasion des mariages successifs.

Il raconte que ces ceintures débarrassent leurs utérus des toxines durant leurs grossesses. On comprendra plus tard, quand nous visiterons ce fameux village, la raison de cette insistance à développer les vertus curatives des ceintures d’argent !

Nous pénétrons dans le district de Songpan, ancienne étape de la route de la soie et fameux pour ses plantations de plantes médicinales et de champs de lavande. En effet les rangs de lavande s’étendent à perte de vue et il semble que les fleurs soient plus fournies et d’un bleu plus soutenu qu’en Provence.

Dans la région, nombreux sommets à plus de quatre mille mètres. Le plus haut : 5.878 M. Neiges éternelles, visibles de la route.

Nous sommes assis au fond du car et depuis le début du trajet un groupe de chinoises d’un certain âge n’arrête pas de bavarder à haute voix et à s’interpeller bruyamment d’un siège à l’autre. Au début, comme elles détonnaient parmi les autres touristes, j’ai pensé qu’elles avaient saisi l’occasion de cet autocar pour rejoindre à meilleur coût leur ville perchée dans les montagnes … Grossière erreur !

Ning Xin m’apprend que ces groupes de femmes sont connus en Chine sous le nom Da Ma, qui signifie littéralement Grand-mère mais qui a peu à peu dérivé vers un sens péjoratif. Il s’agit la plupart de temps de retraitées qui ont assez de moyens pour prendre du bon temps et se payer ce qui leur fait envie, danser, s’amuser … Bref, les chinois qui bossent pour gagner leur vie les regardent d’un mauvais œil. Ah ! Autre détail qui ne contribue pas à les rendre sympathiques aux habitants de l’Empire du Milieu, elles se lèvent très tôt pour pratiquer la danse en plein air en mettant la sono à fond ! Incorrigibles Tati Danièle !

Samedi 25 juillet

Quelque part dans la vallée de Mounigou, en plein territoire tibétain.

Altitude moyenne : 3.200 mètres.

Ces vallées d’accès difficiles ne sont pas proposées par les instances officielles du tourisme aux tours opérateurs européens. Je les visite donc avec un groupe entièrement constitué de chinois. C’est très instructif.

En fait, le « tour » est bâti autour des multiples arrêts shopping que les clients sont en mesure d’accepter, environ trois par jour, voire quatre.

Là, dans ce « typique » village tibétain nous avons été cordialement invités à descendre du car pour « visiter » un supermarché dédié à la médecine chinoise.

Chinese medecines supermaket IPad

Supermarché dédié aux produits de la médecine chinoise.

L’arrêt précédent avait aussi été dans un village « typique » où des jeunes femmes en costume traditionnel nous ont accueilli par une large salutation à la descente du car. Il mérite d’être raconté en détail.

Sous la conduite d’un cicérone en jupon nous avons été invités dans une maison traditionnelle en bois pour boire une tasse de thé mais surtout pour entendre un discours très bien construit sur les traditions de cette ethnie et sur les vertus d’une certaine pièce de l’habillement féminin, la fameuse ceinture en argent.

La grande attraction pour les touristes réside dans le fait que les femmes sont dominantes et que l’ethnie pratique la polyandrie : plusieurs hommes pour une femme !

Oui, c’est bien un village traditionnel tibétain avec ses maisons en bois éparpillées sur de petites parcelles de terrain avec la provision de bois bien rangée sous des appentis.

En se dirigeant vers la maison de notre guide, on nous montre ce qui pourrait s’apparenter à la mairie de cette communauté.

Une fois le groupe rassemblé dans une petite pièce de sa maison, en tous points semblable à une ferme de nos régions montagneuses avec le poêle à bois qui chauffe toute la pièce, la guide prépare un thé de bienvenue.

Les touristes chinois sont manifestement étonnés de découvrir qu’on peut se chauffer et cuisiner avec un simple fourneau. La plupart habitent désormais de gigantesques tours de 33 étages …

Commence un laïus sur la pratique de la polyandrie, plus en usage désormais selon les dires de l’hôtesse. Nombreuses questions et réponses. Il est vrai que très peu de peuples ont choisi cette organisation sociale. Je la connaissais pour l’avoir étudiée il y a bien longtemps durant des cours d’ethnographie. On l’explique généralement par l’extrême pauvreté des communautés qui la pratique. Pour survivre, plusieurs hommes doivent fournir à une seule femme toute la subsistance nécessaire pour qu’elle puisse enfanter et allaiter.

Le speech passe ensuite à une autre sujet, les mirifiques vertus des ceintures en argent et autres ustensiles du même métal. Démonstration à l’appui avec un bol en argent utilisé pour masser une épaule douloureuse. Ah bon …

On avait bien remarqué en arrivant dans le village un très grand édifice rectangulaire près de la place centrale. On quitte donc la maison de notre guide qui nous conduit, sans échappatoire possible vers ce bâtiment.

Et là, évidemment, on comprend ! C’est un vaste supermarché d’objets en argent (le coin regorge de mines). Comme toujours, le bruit est infernal, les vendeurs sur les dents mais pas question de prendre des photos !

C’est interdit ! On accepte your money but not your camera !!

En réalité le si typique village d’une pauvre minorité ethnique s’avère une énorme pompe à fric ! Et ce n’est pas la seule vers laquelle nous avons été conduits !

Un dernier détail avant de clore ce récit : en quittant la gentille maisonette j’avais remarqué un 4X4 haut de gamme devant la porte … Manifestement l’argent coule à flot dans cette communauté si parfaitement organisée.

Après un rapide déjeuner dans un restaurant banal, mais toujours hyper bruyant, le tour se poursuit par un très beau périple vers les hauts sommets de la vallée du Mounigou.

Juste avant la montée vers ces altitudes (plus de quatre milles mètres), un guide officiel entre dans le car pour nous mettre en garde contre les dangers encourus. L’année dernière, au cours d’un voyage dans le nord du Yunnan, j’étais monté en télécabines à plus de 4.500 mètres. Au pied de ces hautes montagnes (des sommets à plus de cinq mille mètres), une multitude de magasins et de vendeurs ambulants proposaient des cannettes d’oxygène et des doudounes. Oui, la classique bouteille d’oxygène mais conditionnée dans l’équivalent d’une cannette de bière en aluminium. J’en avais pris deux et elles me furent utiles.

Là, la proposition est étrange : le l’eau oxygénée ! Une bouteille en plastique contenant de l’eau soit disant enrichie en oxygène … 100 yuans, environ 15 Euros ! Le chinois sont très fort pour faire flairer les bonnes affaires …

Paysages de haute montagne modelés par le soleil jouant avec les nuages. Minuscules insectes aperçus au loin : des troupeaux de yaks éparpillés sur les pentes. Mini orage rendant la route dangereuse (une voiture particulière a fini dans les rails de protection).

Le guide nous annonce un changement de programme. La route étant trop surchargée, nous dormirons dans un autre hôtel que celui prévu initialement. Manœuvre grossière. Il a tout simplement choisi un hôtel moins cher pour héberger ses touristes et empoché la différence ! Oui, l’hôtel était minable, vraiment de dernière catégorie. Pas de linge de toilette, chambre petite et mal équipée, trois étages sans ascenseur, souris gambadant dans les cuisines …

Levé tôt pour entreprendre le chemin de retour vers Chengdu … Dix heures de route au bas mot …

Dimanche 26 juillet

Levé à six heures. Dix heures de route en perspective … Quelques rares arrêts, presque toujours pour shopping … Enfin, il nous annonce que nous allons visiter l’un des plus grands ateliers de tissage de la soie en Chine. D’après lui, cette visite est imposée par les autorités car elle a reçue la bénédiction de l’actuel président.

Je me réjouis d’avance à l’idée de pouvoir photographier des ouvriers à leur poste de travail, comme dans les années soixante–dix aux usines Olivetti en Italie.

A la descente des cars, même rituel. Une cohorte de guide nous fait mettre en rang, chacun derrière sa bannière. Grandes enfilades de galeries didactiques : origine de la soie, route de la soie, différentes qualités …

J’aperçois sur un écran de contrôle, plusieurs vues des ateliers de tissage, déserts pour la plupart, sauf un où il me semble apercevoir un ouvrier …

Arrivés dans un vaste hall où une bonne douzaine d’immenses lits sont alignés à la queue leu leu … Tous, bien entendu, recouverts de somptueuses parures en soie.

De chaque côté de cette salle d’exposition, des alvéoles assez larges pour contenir un groupe de touristes. Notre groupe y pénètre en bon ordre. Aussitôt entrés, une tenture est tirée derrière nous et le piège se referme.

Au milieu de la pièce un vaste plateau surélevé de trois mètres sur deux, recouvert de soieries. Aux murs, de splendides couvre lits en soie. Nous allons subir pendant une demi-heure le baratin du bonimenteur qui vante sa marchandise. Bien sûr c’est superbe ! Couleurs, dessins, matière …

A la fin de cet interminable boniment, craché par la sempiternelle sono portative, l’annonce des prix (Ning Xin me traduit). Rapidement décroissants comme dans toute foire commerciale. Les Da Ma présentes sont très intéressées et commencent à acheter en grandes quantités et les meilleures pièces. Le guide discute avec le vendeur. Il aura sûrement une bonne ristourne … Retour vers le car …

Ah ! L’ère Maoïste est bien finie. Imaginons la même visite il y trente ans …

Larges banderoles à l’arrivée des cars pour vanter les gains de productivité de l’atelier. Salutations de la délégation des responsables de l’usine et de la section locale du Parti. Visite détaillée, poste par poste des différentes étapes de la fabrication. Après quatre heures d’éprouvante déambulation, arrêt dans une petite pièce où on nous sert de l’eau chaude, conservée dans de grands thermos. C’est le moment où le responsable du Parti nous présente l’ouvrière ou l’ouvrier le plus méritant. Comme toujours, il a une bonne tête, il est franc, il rayonne d’optimisme en un avenir meilleur. En tant qu’hôtes étrangers de la République Populaire de Chine, il est de notre devoir de remercier et de placer l’incontournable couplet sur l’indéfectible amitié entre les peuples …

On s’y croirait, n’est-ce pas ?

Lundi 27 juillet

Chengdu.

Demi journée de repos après le long trajet de retour depuis les Jiuzhaigou valleys.

Logés dans un vaste appart’ hôtel, au 22ème étage d’un tour avec une large vue sur Chengdu.

Logement moderne, très propre, bien équipé mais mal conçu.

Lit immense (king size, deux mètres de large), dans une petite chambre d’où impossibilité de placer des tables de nuit ou de disposer d’une tablette pour poser sa valise.

De prime abord, Chengdu se montre plus accueillante que Chongqing, plus ombragée, plus resserrée. Elle est aussi plus ancienne.

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