Le rêve américain s’est brisé à San Francisco

Atypical Homeless Ipad

Le rêve américain s’est brisé à San Francisco

San Francisco

Mardi 19 août. Deux heures du matin. Hôtel Warwick.

Le décalage horaire me tient éveillé dans mon lit. Le déplaisant jet-lag, entre le sommeil et l’éveil. Pas vraiment réveillé, pas vraiment endormi …

C’est un moment propice pour reprendre le fil du récit.

Je souhaite évoquer, moins les dernières heures du transfert de Seattle à Chicago, que l’impression ressentie en retrouvant l’ambiance de San Francisco.

J’y suis venu pour la première fois en avril 1986, l’année de Tchernobyl.

J’avais organisé un voyage d’étude pour quelques responsables d’entreprises françaises afin de leur faire prendre conscience d’une révolution attendue, celle de l’informatique répartie (on en était encore à l’époque aux gros ordinateurs et aux terminaux).

Le voyage avait été organisé avec l’aide d’un consultant local, Rober Mittman, de l’Institute for the Future, à Menlo Park. Il avait sélectionné quelques entreprises significatives et pris les rendez-vous pour les visites.

Le voyage débutait par un week-end et tout le monde avait quartier libre pour visiter la ville.

Robert m’avait offert l’hospitalité dans sa maison de quartier de Castro, dans le style de la fameuse Maison Bleue, chantée par Maxime le Forestier.

Castro était à la fois le quartier des gays mais aussi le point de ralliement des Hippies et de leur gentille attitude Peace & Love

A cinquante ans, c’était ma première visite aux Etat-Unis.

La Californie était alors la Babylone du monde moderne, le point mire de tous nos rêves.

On y allait comme les barbares de l’empire romain se rendaient à Rome, avides de voir le nombril du monde !

Je me souviens encore du premier petit déjeuner pris dans le salon de la maison de Robert, baignée de soleil, avec une vue plongeante sur ces fameuses maisons multicolores en bois qui sont l’une des caractéristiques architecturales de la ville.

Tout le samedi avait été occupé à préparer la « open house », une sorte de pendaison de crémaillère, que Robert, fraîchement installé, donnait à ses amis.

Le dimanche après midi, la maison qui était en fait assez petite, s’est vite remplie et j’avais pu apprécier la décontraction des californiens et leur sens du contact direct.

J’avais eu la chance de lier rapidement connaissance avec jeune femme à la magnifique chevelure. Nous avions bavardé longtemps sur la terrasse … Elle s’appelait Bobbie…

Robert était passionné par les vélos assis, ces drôles d’engins où l’on pédale allongé, le dos calé sur un dosseret. La journée s’était terminée par un franche partie de rigolade quand j’ai voulu essayer ces drôles de montures dans la rue …

Bref, la Californie était le lieu de toutes les audaces, de tous le possibles …

J’avais bien remarqué, en arrivant, devant le Civic Center, la Mairie de San Francisco un nombre important de SDF, mais l’opulence des compagnies visitées et l’accueil de notre petit groupe de frenchies, avaient vite balayé cette image négative.

A l’époque, à Paris, le terme même de SDF n’était connu que de la Police ou des services sociaux. Nous avions des « clochards », sorte d’êtres sympathiques faisant partie du décor.

Trente ans plus tard, je suis de nouveau devant le Civic Center en compagnie de Bobbie (Oui, j’entretenais un contact épisodique par mails et nous passons l’après-midi ensemble). C’est un belle journée, assez fraîche car le vent du Pacifique souffle sur la ville, mais le ciel est bleu et soleil donne de belles couleurs aux pierres blanches de l’imposant Hôtel de Ville.

Le long d’une allée de l’esplanade, une foule de SDF fait la queue pour recevoir un peu de nourriture … Au fil des ans et de la montée en puissance du libéralisme, leur nombre a explosé. On les croise désormais partout, complétement à la dérive, sans aucun espoir de se sortir de la rue …

Du fait de son climat plutôt propice, la Californie et spécialement San Francisco, recueille une grande part de la misère des USA.

Ce qui me frappe le plus, c’est leur regard éteint, résigné, sans révolte, sans futur …

Beaucoup conservent un look Hippy, jeans, longs cheveux noués, barbes, chiens en laisse …

Ils ont simplement troqués leur moto ou leur Combi Wolkswagen avec lesquels ils sillonnaient les Etats-Unis pour un déambulatoire. Quelle tristesse !

Soudain Bobbie me montre un magnifique autocar, richement décoré et aux vitres fumées. C’est l’un des fameux Google bus qui transporte quotidiennement les collaborateurs de Google, du centre-ville vers la Silicon-Valley.

Ils résument à eux seuls l’une des cause du nombre croissant de sans-abris :les hauts salaires versés par ces compagnies à forts profits ont fait exploser le prix de l’immobilier à San Francisco et dans sa proche banlieue …

«  Tu seras digital mon fils ou tu ne seras rien ! »

Quatre heures du mat’ … le sommeil semble revenir … J’éteins.

Onze heures du matin. Ce sont des coups frappés à ma porte par la femme de chambre qui me réveillent. Je viens de dormir huit heures de plus et je me sens un peu comateux …

Midi

Je prends mon breakfast au coin de Mason et de Geary streets. En centre ville, les rues se croisent à angle droit et portent toutes un nom.

Comme dans une peinture d’Edward Hopper, je bois mon café attablé devant une large baie vitrée donnant sur la rue.
Très bon poste d’observation.

Voici ce que je vois : un monsieur élégant, costume gris trois pièces, mangeant son sandwiche en marchant ; une Porsche remontant la rue ; un homeless d’âge indéfinissable poussant sont déambulatoire ; la femme, noire, chargée de nettoyer les rues balayant sans hâte le caniveau ; de nombreux ouvriers en salopettes aux armes de leurs compagnies, un jeune SDF, à la peau très cuivrée, torse nu qui descend la rue ; un énorme camion, taille XXXL aux flancs richement décorés ; ah ! Oui, encore de très belles voitures, les Porsche puissantes semblent être appréciées ici …

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2 réflexions sur “Le rêve américain s’est brisé à San Francisco

  1. Ah, Jean-Paul, si j’avais su que vous étiez de passage à San Francisco … on aurait pu prendre ce café ensemble. Depuis Février 2015 (et encore jusqu’en Mai 2016), je suis à Berkeley, et je traverse la Bay pour « aller dans la ville » comme ils disent à Berkeley plus ou moins deux fois par semaine … Merci de partager vos mémoires du passé et vos impressions du présent. Christoph

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    1. Oui, Christoph, c’est bien dommage, surtout que durant mon séjour à San Francisco je suis allé à deux reprises à Berkeley ou dans une commune proche !
      Je ne suis pas certain d’y retourner avant mai 2016 mais, si c’était le cas, quel plaisir ce serait de vous y retrouver !

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